Carl Lewis : Sa biographie

 

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Sa progression

Son palmarés

Les adieux

Carl Lewis 1.jpg (11353 octets)Frederick Carlton Lewis dit Carl Lewis est né le 1er juillet 1961 à Montgomery dans l’Alabama. Il est le troisième enfant d’une famille en comptant quatre.

Sa mère, Evelyn, est une athlète. En 1951, elle termine 6ème du 80 mètres haies des Jeux panaméricains disputés à Buenos Aires (Argentine). Quant à son père, instituteur, il est un proche de Martin Luther King. Lorsque Carl a deux ans, il quitte, avec sa famille, l’Etat de l’Alabama où les incidents raciaux se multiplient, pour Willingboro dans le New Jersey.

Avec Carol, sa soeur cadette, ils se mettent à l’athlétisme très tôt. Les qualités sportives de sa soeur s’expriment rapidement alors que celles de Carl n’émergeront qu’en 1973, lors d’un meeting, à Philadelphie, réservé aux garçons de moins de 12 ans. Lors de cette compétition, il rencontre le mythique Jesse Owens (quadruple champion olympique aux Jeux olympiques de Berlin de 1936) qui deviendra sa source d’inspiration.

C’est au lycée qu’il est repéré. Durant l’année 1976, il se transforme physiquement et prend dix centimètres. Il court le 100 yards (91,43 m) en 9'3. Un an plus tard, il remporte le concours de la longueur aux championnats des Etats de l’est avec un saut à 7,70m, à quelques centimètres du record du championnat détenu par un certain Bob Beamon (qui détiendra le record du monde du saut en longueur avec 8,90 jusqu’au concours des championnats du monde de Tokyo en 1991).

Cet exploit lui permet d’être sollicité par les plus grandes universités des Etats-Unis. Les mois passent et ses performances s’améliorent. En 1979, alors qu’il vient tout juste d’avoir 18 ans, il choisit de faire sa première année de senior à l’Université de Houston.

Son choix s’explique par la présence d’un entraîneur qu’il a déjà rencontré et dont il apprécie le sérieux, Tom Tellez. Carl Lewis dit de lui qu’il est le plus grand entraîneur du monde. Ce nouvel entraîneur va tout changer chez lui, sa façon de courir et sa façon de sauter.

Aux sélections américaines de 1980, tout comme sa soeur, il est sélectionné aux Jeux olympiques de Moscou pour le saut en longueur ; sur 100 mètres, il ne finit que 4ème. Pour des raisons politiques, aucun Américain ne s’envole pour Moscou, les athlètes sont privés de Jeux.

Sacré à Helsinki puis à Los Angeles Carl continue de s’entraîner à Houston, au Santa Monica Track Club, le plus célèbre club d’athlétisme du monde. Il veut devenir un jour l’homme le plus rapide de la planète. En 1981, il en prend le chemin. Aux championnats universitaires américains, il gagne le 100 mètres en moins de 10 secondes (9'99) et le saut en longueur avec un bond de 8,25 m.

Naissance du mythe.

Aux Championnats du monde d’Helsinki (Finlande), Carl Lewis réussit la prouesse de remporter les trois épreuves où il s’aligne, le 100 m, le saut en longueur et le relais 4 x 100 m. Devant son public, aux Jeux olympiques de Los Angeles, c’est le sacre de Carl Lewis. Il rafle 4 médailles d’or. Carl Lewis vient de rattraper, dans le même temps, Jesse Owens dans la légende. Il gagne majestueusement le 100 m en 9'99 loin devant ses plus dangereux adversaires. Au saut en longueur, il n’a pas d’égal avec 8,54 m. Il gagne la finale du 200 m en 19'80 à 8 centièmes de seconde du record du monde de l’époque, détenu par l’Italien Pietro Mennea, et ce, en levant les bras en signe de victoire près de 10 mètres avant la ligne d’arrivée. Enfin, avec l’équipe de relais national, il décroche sa quatrième médaille d’or. L’Américain devient le roi de la piste.

L’accueil du public de Los Angeles est mitigé. Bien qu’il l’acclame après ses 3 victoires dans les courses, il le conspue durant le concours du saut en longueur, déçu de le voir s’arrêter après seulement eux essais, sur un total de six. Le public ne comprend pas qu’il doit se reposer pour sa prochaine course, le 200 m, deux heures plus tard.

Concernant ce rendez-vous manqué avec son public, Lewis accusera ses concitoyens de ne rien comprendre à l’athlétisme et à ses règles. Il est consterné. Des journalistes américains le critiquent alors que dans le reste du monde, la presse s’enflamme pour ce héros noir de 23 ans.
La prochain grand rendez-vous international est en 1987 avec les Championnats du monde de Rome (Italie). Cette même année, son père, Bill Lewis, qu’il adore, meurt d’un cancer. Lors de son enterrement, Carl glisse dans son cercueil sa médaille d’or du 100 mètres des Jeux de Los Angeles. Bien que la perte de son père va l’affecter, il reprend l’entraînement. Carl, le gentil Américain contre Ben, le méchant Canadien. Dans l’ombre de l’Américain, un Canadien d’origine jamaïcaine, Ben Johnson, qui a terminé 3ème au 100 mètres des Jeux de Los Angeles s’entraîne pour devenir l’homme le plus rapide du monde. Lors de la finale du 100 mètres de ces championnats du monde, il bat Lewis et améliore avec éclat le record du monde d’un dixième de seconde (9'83). Carl Lewis doit se consoler avec deux victoires, une en longueur et une au 4 x 100 mètres.

Le scénario se répète l’année suivante aux Jeux olympiques de Séoul (Corée du Sud). Le puissant et véloce Canadien remporte aisément le 100 mètres devant Carl Lewis. Le record du monde est de nouveau pulvérisé en 9'79. La suprématie du sculptural Ben Johnson au départ foudroyant est totale. Cependant, un scandale va ébranler le stade olympique de Séoul, Johnson est déclaré positif aux stéroïdes anabolisants lors du contrôle antidopage à l’issue de la course olympique. Condamné à deux ans de suspension puis à vie (pour avoir été contrôlé positif une nouvelle fois), ses médailles lui sont confisquées et ses records effacés pour avoir utilisé des produits interdits durant près de huit ans. Carl Lewis est déclaré vainqueur des 100 mètres de Rome et de Séoul par la Fédération Internationale de l’Athlétisme Amateur (IAAF).
Il est, de nouveau, le seul maître du tartan.

En 1991, Carl Lewis a 30 ans. Pourtant, jamais il ne s’est senti aussi fort, aussi rapide. Aux sélections américaines, juste avant les Championnats du monde de Tokyo, son meilleur ami et partenaire d’entraînement, Leroy Burell, bat le record du monde en 9'90, effaçant dans le même temps des tablettes le record du “ King ”.

Dans la capitale japonaise, les deux hommes s’affrontent à distance avant la finale en réalisant des temps sensationnels. Le record du monde est de nouveau en danger mais personne ne sait quelle sera l’issue de la course. Lewis, finalement, gagne en 9'86 contre 9'88 pour Burell. Le premier récupère son record du monde perdu quelques semaines auparavant.

Bien que l’exploit soit considérable, l’histoire retiendra surtout le concours du saut en longueur où deux Américains s’affrontent sur le sautoir afin de battre le record du monde de Bob Beamon de 1968 (8,90 m). Carl Lewis court après ce record depuis une décennie. Tom Tellez, son entraîneur sait qu’il est capable de le battre puisqu’il a déjà sauté 9,14 en mordant de quelques centimètres seulement. Pourtant, malgré un concours d’une exceptionnelle intensité, l’Américain Mike Powell va dépasser Bob Beamon avec un bond à 8,95 m laissant Carl Lewis effondré avec 8,87 m.

Aux Jeux de Barcelone, Carl prend sa revanche en obtenant une troisième médaille d’or olympique au saut en longueur avec 8,67 m. Mike Powell finit second du concours (8,64 m). L’absence de Lewis sur la distance reine de l’athlétisme présage la fin de son règne. Il a 31 ans et nul ne pense qu’il pourra gagner de nouveau une médaille ni dans un championnat du monde, ni lors de Jeux olympiques. Pourtant, Carl pense continuer jusqu'aux Jeux d’Atlanta, en 1996. Il aura alors 35 ans.

Sa contre-performance des Championnats du monde de Stuttgart (Allemagne, 1993) et son absence vivement critiquée aux Championnats du monde de Göteborg (Suède, 1995), pour causes de blessures et d’allergies, ont longtemps semé le doute sur un possible retour du “ King ” au plus haut niveau. Lors des sélections américaines pour les Jeux d’Atlanta, Carl Lewis termine 6ème au 100 mètres et 4ème au 200 mètres. Il ne se qualifie pas dans ces deux épreuves. Seul le saut en longueur va lui permettre de défendre son titre sur le sol américain et de renouer avec son public 12 ans après la déconvenue de Los Angeles.
Par ailleurs, ce dernier semble s’enflammer beaucoup plus pour le challenge de Carl Lewis que pour l’incroyable doublé sur 200 et 400 mètres de l’Américain Michael Johnson.

Durant ces Jeux, le public américain va offrir à Carl Lewis un cadeau auquel il ne s’attend pas. Lors de la présentation des compétiteurs, à l’annonce de son nom, le public ovationne son champion. Le stade s’embrase une nouvelle fois lorsque, au 4ème essai, Carl Lewis, 35 ans, rebondit à 8,50 m. Mike Powell est à l’agonie avec une blessure à l’aine et le Cubain Yvan Pedroso n’est assurément pas dans ses meilleurs jours. Lewis est déclaré champion olympique de la discipline pour la quatrième fois et obtient, dans le même temps, sa 9ème médaille d’or en 12 ans. A Los Angeles, le public a boudé son champion, à Atlanta, il lui a offert la reconnaissance éternelle.

Pascal Bernard